Discours prononcé par l’Ambassadeur de France en Israël, Jean-Michel casa à l’occasion de la journée de la francophonie (Beit Hatfutsot, 23 mars)

(Tel-Aviv, Beit Hatfoutsot, le 23 mars 2009)

Cette année, nous avons placé la francophonie en Israël sous le signe de la reconnaissance, la reconnaissance dans ses deux significations : reconnaître les francophones d’Israël dans leur existence, leur originalité, leurs talents, leur force ; et reconnaissance, dans le sens du témoignage de notre gratitude pour le travail quotidien, permanent qui est le leur, pour dire et chanter la langue française, pour porter les valeurs qui lui sont associées, pour véhiculer en Israël la diversité culturelle portée par cette langue.

Nous avons invité spécifiquement aujourd’hui certains des acteurs les plus remarquables et les plus actifs de la francophonie en Israël. C’est pour moi une très grande joie que d’accueillir cette assemblée, en ce lieu symbolique qu’est le Beit Hatefutsoth, le Musée de la Diaspora, le Musée des origines, pourrait-on dire. Si les Juifs venus de tant de pays aiment à retrouver ici leurs racines, ce qui, plus précisément les attache et les revivifie, il en va certainement de même pour les Francophones, qui sont aujourd’hui 200 millions, et leur nombre augmente chaque année ! Abdou Diouf, le Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, exprimait, il y a quelques jours encore, les ambitions de la langue française par ces mots : « En ces temps de crises et de mutations inédites, en ces temps où les certitudes du passé se dissipent dans les craintes pour l’avenir, nous devons revendiquer et oser une langue nouvelle, celle d’une humaine condition, partagée dans un esprit de solidarité, de dialogue et de concorde ».

Pour que les francophones d’Israël se reconnaissent entre eux, mais aussi pour qu’ils soient reconnus dans leur vitalité, les services de l’Ambassade de France, et avant tout sa Consule générale à Tel Aviv, Colette Le Baron, à laquelle je tiens à rendre un hommage tout particulier, ont été à l’initiative d’une grande enquête sur la population française et francophone dans le pays. A l’heure actuelle, seule la partie concernant les Français d’Israël a toutefois été réalisée. Plusieurs services de cette Ambassade se sont mobilisés pour ce faire : l’ensemble des consulats, les services culturels, et je voudrais les remercier pour le travail accompli. Cette enquête a été confiée à l’un des meilleurs sociologues d’Israël, qui d’ailleurs a obtenu en 2008 le prix Landau pour sa contribution majeure à la sociologie israélienne, le Pr Eliezer Ben Rafael, de l’Université de Tel-Aviv, dont les travaux sur les diasporas transnationales sont célèbres. Spécialiste de l’identité, il a travaillé bien des fois dans le passé sur la question des francophones d’Israël. Nous voulions aujourd’hui mieux savoir qui vous êtes et ce que sont vos attentes.

Les résultats de cette enquête ont été restitués une première fois, la semaine dernière, à des spécialistes, à des universitaires et à des journalistes. Nous voulions lui donner le plus d’audience possible. C’est pourquoi nous avons invité le Pr Ben Rafael à la présenter aujourd’hui ici, à un public élargi. Je le remercie très chaleureusement pour sa rigueur dans la recherche, et pour sa disponibilité à transmettre ses connaissances au plus grand nombre. Sans vouloir dévoiler les détails de ce travail passionnant, qu’il nous exposera lui-même dans un instant, je voudrais souligner qu’il a mis en valeur le véritable renouveau de la langue française en Israël, renouveau qui s’appuie sur un groupe d’émigrants récents d’un nouveau type, paradoxalement à la fois plus israéliens et plus français. Mais il y a dans cette recherche, bien des détails, bien des analyses que je me réjouis de partager avec vous !
Nous voulons faire de cette recherche à la fois un exercice de démocratie et un instrument de cohésion. Un exercice de démocratie, parce que nous soumettons à votre appréciation, vous, francophones d’Israël, cette étude sur les francophones d’Israël. Qui mieux que vous pourrait la lire, la critiquer, l’apprécier ? Mais nous voulons aussi que vous vous en empariez, que vous en fassiez un instrument, pour que vous soyez plus visibles encore, plus dynamiques encore, plus actifs encore, dans la promotion de la francophonie dans ce pays. C’est pourquoi, nous confierons à Eliezer Ben Rafaël, à l’issue de cette journée, la tâche de réunir autour de lui un comité de réflexion, afin de préciser les pistes pour aider à mieux structurer la population francophone d’Israël.

Quelqu’un nous a un peu devancé dans cette tâche, Claude Sitbon, sociologue et écrivain, personnalité bien connue de tous les francophones d’Israël. C’est à son initiative que la revue l’Arche a réalisé, à l’occasion du soixantième anniversaire de l’Etat d’Israël, une sorte de premier répertoire, rassemblant soixante des francophones qui contribuent de manière significative au rayonnement de ce pays. Je voudrais le remercier pour cette initiative, le remercier de nous y avoir associés. Car nous avons poursuivi l’idée. Soixante : il y avait tout un symbolisme dans ce chiffre, mais bien d’autres personnalités éminentes méritaient d’y être adjointes.

A vous tous, qui nous avez fait l’amitié de nous rejoindre, je voudrais dire combien la Francophonie est porteuse d’espoir. Cette langue française n’est pas seulement un moyen de se comprendre, elle porte aussi les valeurs qui nous sont communes.

Et vous, tout particulièrement, Francophones remarquables d’Israël, qui avez répondu avec enthousiasme à notre invitation, en êtes les meilleurs exemples. Que vous soyez issus du milieu universitaire, culturel, scientifique ou économique, vous constituez une démonstration de l’influence de la francophonie dans ce pays. Vous êtes originaires pour certains de France, mais aussi de Belgique, de Suisse, du Canada, des communautés juives du passé : de Roumanie, de Bulgarie, de Grèce, de Turquie, d’Egypte, du Levant, et bien sûr d’Afrique du Nord, communautés toutes profondément ancrées dans la francophonie. Vous avez gardé en mémoire cette langue des premiers apprentissages et avez noué un lien d’affection, parfois de passion avec son goût, sa sonorité. Aujourd’hui, vous ne voulez pas que votre amour d’Israël vous prive de votre attachement de toujours. Et vous avez raison !
Cette présence francophone en Israël nous importe vraiment beaucoup, à l’Ambassade de France. Vous, les francophones d’Israël, partagez avec moi, avec cette Ambassade, cette fonction d’être les « passeurs » de cette langue, de sa culture, de ses valeurs, auprès des Israéliens. Et je suis heureux et fier que nous puissions compter sur de tels « passeurs », sur de si solides appuis à notre action en Israël.

Tous mes vœux, donc, pour une joyeuse, une féconde Journée 2009 de la Francophonie !

Dernière modification, le 22/07/2009

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