Discours du Président de la République, M. Nicolas Sarkozy

A l’occasion du dîner d’Etat offert en l’honneur de M. Shimon Peres, Président de l’Etat d’Israël (Palais de l’Elysée, le 10 mars 2008)

Monsieur le Président, cher ami,

C’est pour moi un très grand plaisir de vous ici accueillir aujourd’hui. Ce n’est pas simplement un plaisir, c’est un honneur.

Rares en effet sont les hommes d’Etat qui incarnent autant que vous, l’histoire de leur pays. Alors qu’Israël célèbre cette année son 60ème anniversaire, je veux vous dire combien j’admire la façon dont
votre vie d’homme et votre vie politique ont depuis six décennies épousé et influé sur le destin mouvementé et émouvant de votre Etat.

Est-il besoin de rappeler que c’est âgé de 10 ans à peine que vous avez quitté votre « Shtetl », dans la Pologne d’alors, pour débarquer sur une plage de Jaffa ? Vous, l’architecte et le poète, vous allez
devenir par la force des choses un combattant. Vous vous engagez corps et âme pour l’existence d’Israël, aux côtés d’un nom que personne n’a oublié en France, David BEN GOURION. Puis vous
devenez l’un des principaux organisateurs de la défense du jeune Etat.
Et c’est dans ces années-là que vous tissez des relations privilégiées avec la France, où vous nouez de solides amitiés.
Au fond, M. le Président, vous avez participé à toutes les étapes de la tumultueuse existence d’Israël.

Vous avez été de tous les combats, de toutes les douleurs, de tous les doutes, de toutes les joies et de toute l’espérance. Et vous voici aujourd’hui au sommet de ce parcours fascinant, à la tête de l’Etat
d’Israël.

Mieux que tout autre, vous pouvez mesurer l’extraordinaire chemin accompli. Voici qu’après 2000 ans d’exil, après l’abomination absolue de la Shoah, que nous n’oublierons pas, le peuple juif connaît enfin sa renaissance dans son Etat, indépendant et démocratique.

Aujourd’hui, Israël est l’une des sociétés les plus ouvertes et les plus brillantes, l’une des économies les plus performantes et les plus dynamiques au monde. Vous en êtes l’un des inspirateurs, vous dont
la passion pour la modernité et le progrès ne cesse de se renforcer à mesure de votre rajeunissement spectaculaire et un peu préoccupant pour les autres présidents dans le monde !

Vous êtes aussi, Monsieur le Président, le symbole vivant de l’amitié franco-israélienne.

Je veux dire ici à quel point je me réjouis du renouveau de la relation entre nos deux pays. J’ai voulu que la première visite d’Etat en France, depuis que je suis Président de la République soit réservée à Israël et à vous, Monsieur le Président PERES. Ce n’est pas un hasard, c’est une volonté, un choix assumé.

Je sais qu’il a pu y avoir des malentendus entre nos deux pays, voire des divergences, mais la réalité, c’est que le peuple de France a été parmi les premiers présents aux côtés du peuple d’Israël, que le
peuple de France a toujours appuyé sur le chemin du développement et de la prospérité Israël, et que le peuple de France a soutenu Israël dans sa revendication légitime au droit à l’existence et à la sécurité.
Oui, il existe un lien humain sans doute sans équivalent entre nos deux pays. Ce lien, on le doit d’abord -mais pas seulement- on le doit quand même à la communauté juive de France. J’aime cette communauté qui déborde de dynamisme, qui déborde de générosité. Je connais son attachement indéfectible à notre République, qui n’a d’égal que son souci de la sécurité et du bien-être d’Israël. Ce lien entre nos deux pays, on le doit également, en Israël, à la communauté française et francophone, qui contribue par ses initiatives et son talent à l’enrichissement de la société israélienne et qui, par son attachement à la France, constitue un formidable trait d’union entre nos deux pays. Je me réjouis vivement de rencontrer ces femmes et ces hommes lors de ma visite en Israël dans le courant du mois de juin.

Ce lien humain si particulier, on le doit enfin à ces millions de Français, admirateurs du miracle israélien, impressionnés par cette aventure sans précédent de cet Etat démocratique, à la fois si jeune et en même temps héritier d’une culture millénaire. Vous avez gagné le combat de l’indépendance, vous avez gagné le combat de la démocratie. Quand on est indépendant et démocrate, cela dit forcément quelque chose au coeur du peuple de France.

Ce sont ces liens humains qui expliquent les relations culturelles d’une intensité et d’une qualité exceptionnelles entre nos deux pays.

Monsieur le Président, il ne pouvait y avoir d’événement plus approprié pour votre venue en France que l’inauguration du Salon du livre de Paris, un salon dont Israël est cette année l’invité d’honneur, honneur à ceux qui ont fait ce choix utile et pertinent. Vous êtes vous-même un grand lecteur, vous êtes connu pour votre amour de la littérature, un amour qui remonte à votre enfance et que vous avez hérité de votre grand-père maternel et de votre mère, eux qui vous ont ouvert les portes de la littérature, qu’elle soit russe, yiddish ou hébraïque. Israël peut s’enorgueillir d’une production littéraire d’une variété et d’une vitalité remarquables, particulièrement appréciée en France, à l’image des écrivains présents ce soir et que je veux saluer et que nous recevons en ami.

Les signes du dynamisme de notre coopération culturelle et scientifique ne manquent pas. En juin dernier, l’Institut culturel français à Tel-Aviv a ouvert ses portes dans un immeuble classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO. En septembre dernier, le lycée franco-israélien de Tel Aviv a été inauguré, avec son baccalauréat, auquel je tiens beaucoup, franco-israélien qui permettra l’accès à l’enseignement supérieur tant en France qu’en Israël. Au cours des prochaines semaines, sera mise en
place la Fondation France-Israël, nouvel instrument de coopération au service de nos jeunes générations.

Je pense aussi à la francophonie d’Israël, dont vous êtes, Monsieur le Président, une prestigieuse illustration. Je veux prendre mes responsabilités, la France souhaite de toutes ses forces l’entrée d’Israël dans les institutions de la francophonie, où Israël a naturellement toute sa place.

Enfin, il y a quelques semaines, a été inaugurée à Jérusalem l’exposition intitulée « A qui appartenaient ces tableaux ? ». Elle met en lumière l’exemplarité de la politique active menée par la France pour restituer les oeuvres d’art pillées par les Nazis dans notre pays pendant la période sombre.

En cette année qui marque aussi 60 ans d’amitié entre Israël et la France, c’est un symbole fort.

Monsieur le Président, si la défense et la sécurité d’Israël sont au coeur de vos préoccupations, on ne peut évoquer aujourd’hui votre nom sans penser d’abord à l’homme de vision, à l’homme de concorde,
à l’homme de paix, au Prix Nobel que vous êtes et que ne fait pas honneur simplement à l’Israël, mais qui fait honneur à l’humanité.
Depuis le lancement du processus d’Oslo, aux côtés d’Yitzhak Rabin, vous n’avez cessé d’agir pour un règlement du conflit israélo-arabe. Nul mieux que vous ne symbolise l’aspiration du peuple israélien à vivre côte à côte avec ses voisins dans la paix et dans la sécurité. Vous continuez à promouvoir sans relâche des projets culturels et économiques destinés à rapprocher les peuples et à créer la confiance.
Israéliens et palestiniens, vous avez tant souffert, il est venu le temps de faire la paix et d’arrêter la souffrance.

Vous connaissez mon attachement, Monsieur le Président, indéfectible à la sécurité d’Israël. Aucun peuple à travers le monde ne peut vivre sous la menace du terrorisme, ce terrorisme qui vient de frapper Jérusalem et que la France condamne avec une totale énergie. Malgré les violences, les dirigeants israéliens ont choisi courageusement de continuer le processus de paix. Monsieur le Président, pour la France, c’est le seul chemin. Il n’y a pas d’autre solution entre les Palestiniens et les
Israéliens que le règlement politique.

Et la France entend accompagner pleinement Israël dans ce chemin vers une paix juste, vers une paix durable dans la région. L’espérance, née de la Conférence internationale d’Annapolis, ne doit pas être déçue. L’objectif reste d’obtenir un accord sur le statut final avant la fin de l’année. Est-ce qu’on pense qu’on n’a pas assez souffert qu’on doive attendre encore ? Attendre quoi ? Et pour qui ? Et qui peut dire que l’année prochaine ou l’année d’après, ou la décennie d’après, cela sera plus facile que cette année ? Et il faut régler les questions clés : les frontières, la sécurité, les réfugies, le statut de Jérusalem. La paix est complexe mais elle est infiniment moins dangereuse que la guerre.
La France a accueilli la Conférence des donateurs pour l’Etat palestinien en décembre dernier. En aidant à la création d’un Etat palestinien, nous aidons Israël, et comme ami d’Israël, je vous dois le langage de la vérité. La sécurité d’Israël passe par un Etat palestinien démocratique et moderne et par l’arrêt de la colonisation.

Je l’affirme devant vous qui en êtes convaincus, la création d’un Etat palestinien démocratique moderne et viable, mais c’est une condition de la sécurité à long terme d’Israël. Il n’y aura pas, et c’est un ami d’Israël qui le dit du fond de son coeur, de sécurité pour Israël sans un Etat palestinien démocratique, viable et moderne à ses frontières.
Je veux le redire avec force et que chacun m’entende bien. La France, Monsieur le Président, sera toujours au côté d’Israël quand son existence sera mise en cause. Pas de temps en temps, Monsieur le
Président, toujours. Et ceux qui appellent de manière scandaleuse, scandaleuse, à la destruction d’Israël, trouveront toujours la France face à eux pour leur barrer la route.

Le programme nucléaire de l’Iran appelle, lui-aussi, une réaction de grande fermeté. Israël n’est pas seule. La France est déterminée à poursuivre avec ses partenaires une politique alliant des sanctions
croissantes à l’ouverture, si Téhéran faisait le choix de respecter ses obligations internationales, un Iran doté de l’arme nucléaire, je veux le dire, est inacceptable pour la France !

La conférence des droits de l’Homme de Durban appelle également vigilance et attention. Nul ici, Monsieur le Président, n’a oublié les débordements de 2001 qui ont transformé cette conférence en
tribune intolérable contre l’Etat d’Israël. Je n’accepterai pas que ces dérives se répètent en 2009.

La France, qui présidera l’Union Européenne au second semestre 2008, plaidera pour un retrait de l’Europe si ses exigences légitimes n’étaient pas respectées. Israël peut également compter sur le soutien de la France pour donner dans le cadre de notre Présidence un nouvel élan à sa relation avec l’Union Européenne et plus largement et pour en finir. Monsieur le Président, le moment est venu pour tous les peuples de la Méditerranée et de l’Europe de travailler à ce qui les rapproche plutôt que de s’arrêter à ce qui les divise. On s’est assez battu, on s’est assez entretué sur la méditerranée pour créer l’Union pour la Méditerranée, autour de la paix, autour du développement et autour de la sécurité.

Comme le proposait Jean MONNET avec le charbon et l’acier européens, bâtissons en méditerranée notre avenir commun à partir de solidarités concrètes, travaillons ensemble à la dépollution de la mer
Méditerranée. Faisons de cette mer la mer la plus propre au monde. Et dans votre région où l’eau douce est si rare et bien que l’eau, comme vous l’aviez imaginé il y a quelques années, cher Shimon, devienne un facteur de coopération pour permettre à tous d’y avoir accès. Luttons ensemble contre les menaces à notre environnement fragile, comme contre les incendies de forêts. Bâtissons des solidarités concrètes. Voilà l’objectif que la France propose à tous les dirigeants de l’Europe et de la
Méditerranée, ce sera le 13 juillet à Paris, il est temps en Méditerranée de faire la paix.

Voici, Monsieur le Président, quelques uns des sujets que nous avons évoqués lors de notre entretien, si bouleversant pour moi, de cet après midi. Mais ce qui m’a le plus frappé en vous écoutant c’est votre extraordinaire capacité à voir grand, alors que si nombreux sont ceux qui voient petit, et à voir loin, alors que si nombreux sont ceux qui pensent que la lucidité consiste à voir de tout près.
Vous embrassez, Monsieur le Président, le XXIème siècle avec un regard de jeune homme et la vision d’un prophète. Monsieur le Président, permettez-moi donc de lever mon verre en compagnie du Premier ministre et des Ministres, du Ministre des Affaires Etrangères, des Présidents de nos deux Assemblées et si elle le veut bien, de mon épouse, de lever mon verre à votre santé, Monsieur le Président, que je vous souhaite excellente et pour longtemps et l’amitié plus forte que jamais entre nos deux peuples, mais aussi comme le veut votre tradition de lever notre verre à la vie tout simplement, le « raïm ». Vive Israël, vive la France et vive l’amitié franco-israélienne.

Dernière modification, le 12/04/2011

haut de la page