11 décembre. Contre l’intolérance, Plantu sort son feutre

Qui n’a jamais entendu parler de Plantu ? Ou plutôt : qui n’a jamais souri devant l’un de ses dessins, publiés quotidiennement dans les colonnes du journal Le Monde ? On sait moins que le dessinateur fut à l’origine du projet Cartooning for Peace qui, pour la première fois en 2006, à New-York, au siège des Nations unies, réunissait des dessinateurs du monde entier pour débattre du rôle du dessin de presse et de la caricature comme moyen d’expression et de communication. Trois ans plus tard, il dresse un premier bilan.

L’histoire se passe au mois de novembre 1991. Le dessinateur Plantu dont les croquis sont publiés par le journal Le Monde depuis le début des années 1970 est à Tunis pour une exposition consacrée à ses travaux. A l’occasion de ce déplacement, il fait la connaissance de Yasser Arafat et propose au chef palestinien de réagir à chaud à ses dessins. Yasser Arafat relève le défi : sur le drapeau israélien esquissé par Plantu, il tracera lui-même l’étoile de David.

L’année suivante, Plantu rencontre Shimon Pérès à Jérusalem. Il lui tend à son tour un crayon et obtient le scoop de sa vie : pour la première fois, sur le même document, un an avant les accords d’Oslo de 1993, figurent les signatures du numéro un de l’OLP et du leader de la diplomatie israélienne…

Cette incroyable rencontre par crayon interposé a marqué un virage dans l’histoire du dessin de presse qui n’était jamais entré de cette manière en prise directe avec l’histoire. Même au XIXe siècle, qui fut pourtant l’âge d’or de la caricature grâce à l’expansion d’une presse galvanisée par la révolution industrielle et les innovations techniques, les dessinateurs se contentaient de donner à penser ou à rire en trempant leur mine dans le vitriol, comme le fit si bien l’impitoyable Honoré Daumier, alter-ego graphique d’un autre Honoré, écrivain celui-là, le génial Balzac, auteur de la colossale Comédie Humaine. Rien de colossal chez Plantu : l’homme est mince, discret, presque timide. Mais son projet graphique est immense puisqu’il s’est fixé pour but de restaurer le dialogue entre les cultures au moyen du dessin qui, affranchi des barrières linguistiques, possède sur les mots l’avantage d’être immédiatement accessible par tous.

En réunissant autour d’un même croquis Arafat et Pérès, Plantu a donc posé les bases d’une nouvelle mission du dessinateur ; celle que l’agence Reuters résumera d’une formule en la qualifiant de « Cartoon’s diplomacy ». Cette diplomatie du coup de crayon, où le dessinateur n’est plus seulement un spectateur mais aussi un acteur du monde, Plantu la revendique : « Quand Yasser Arafat a souhaité me rencontrer à Tunis, explique t-il, je ne savais pas qu’il utiliserait le dessin pour reconnaître l’Etat israélien. Cela a été une surprise pour le dessinateur que je suis. J’ai compris que le dessin pouvait servir d’intermédiaire pour essayer de faire avancer les choses… »

Dernière modification, le 10/03/2010

haut de la page