11 décembre. Claude Lévi-Straus, géant de l’anthropologie, s’est éteint

Le fondateur de l’anthropologie structurale, l’« astronome des constellations humaines » dont l’oeuvre de portée universelle a bouleversé la pensée occidentale, avait fêté ses cent ans le 28 novembre 2008 - et l’Académie française son premier centenaire, aucun de ses Immortels depuis sa fondation en 1634 n’ayant encore atteint cet âge.

« Je hais les voyages et les explorateurs. Et voici que je m’apprête à raconter mes expéditions. Mais que de temps pour m’y résoudre ! » : ainsi s’ouvrait le livre paru en 1955 qui lui valut une célébrité immédiate, Tristes Tropiques, son « autobiographie intellectuelle ». Un livre si magnifiquement écrit que le jury du prix Goncourt publia cette année-là un communiqué exprimant ses regrets de ne pouvoir le couronner car c’est un essai et non pas un roman...
Plus qu’un prix c’est un honneur très littéraire qui avait marqué pour « le plus grand anthropologue du monde » l’année du centenaire : son entrée dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade avec sept oeuvres choisies par lui et assorties de nombreuses notes inédites. La philosophe Catherine Clément, qui fut son élève et qui lui a consacré un volume de la collection Que sais-je ?, l’avait défini à cette occasion comme « le plus grand intellectuel vivant », qui a « coupé les liens entre l’ethnologie et le colonialisme ».


Parmi l’avalanche d’hommages qu’avait suscitée son 100ème anniversaire
- dont celui du président de la République qui lui avait rendu visite « pour lui rendre un hommage chaleureux et lui dire la reconnaissance de toute la Nation » - le plus émouvant avait été celui du musée des Arts Premiers (quai Branly) consacré aux Arts et Civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques et qui se veut une passerelle entre les cultures. Claude Lévi-Strauss avait soutenu dès l’origine le projet de ce musée voulu par le président Jacques Chirac, musée qu’il avait visité, à 97 ans, la veille de son inauguration le 21 juin 2006, dont le théâtre porte son nom et dont il était conservateur d’honneur.

Une « journée spéciale » lui avait été consacrée le jour de ses cent ans, marquée par la lecture de quelques-uns de ses plus grands textes par une centaine de personnalités du monde des arts, de la science et des lettres, devant une foule de visiteurs passionnés, sur le plateau des collections au milieu des objets qu’il avait lui-même collectionnés et qui font aujourd’hui partie des collections du musée. Des éditions originales de ses oeuvres, des photos dont il était l’auteur ainsi que des documentaires sur ses voyages avaient été également présentés, tandis qu’une plaque en son honneur était officiellement dévoilée à l’entrée de « son » théâtre. Sur la plaque, gravée dans le marbre, cette citation de l’anthropologue : « L’exclusive fatalité, l’unique tare, qui puisse affliger un groupe humain et l’empêcher de réaliser pleinement sa nature, c’est d’être seul ».

Claude Lévi-Strauss avait accepté de donner son nom à un prix national, doté de 100.000 euros, qui distingue chaque année « le meilleur chercheur en sciences humaines et sociales en activité travaillant en France ».

Né en 1908 à Bruxelles de parents juifs alsaciens, Claude Lévi-Strauss est reçu en 1931 à l’agrégation de philosophie. Un demi-siècle plus tard, il se demandait encore « comment il l’avait passée ». « C’est un mystère ! », dit-il. Il avait raconté ensuite dans des pages célèbres de Tristes Tropiques comment, alors qu’il avait commencé à s’intéresser à l’ethnologie, il reçut, « un dimanche de l’automne 1934 à 9 heures du matin », un coup de téléphone du directeur de l’Ecole normale supérieure lui proposant un poste à l’Université de Sao Paolo pour y enseigner la sociologie. Ainsi commença ce qu’il a appelé « l’expérience la plus importante de sa vie » : la découverte du Brésil, un pays où il est adulé et envers lequel il avait déclaré se sentir « en dette très profonde ». Un pays où il avait vécu de 1935 à 1939, organisant et dirigeant plusieurs missions ethnographiques dans le Mato Grosso et en Amazonie, à la rencontre des tribus indiennes de l’Amazonie au sein de ces sociétés dites « primitives » dont il avait superbement décrit la vie, les coutumes, les croyances.

Dernière modification, le 10/03/2010

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